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« There’s a lady who sure….. », Il est 7h30 du matin et comme tous les matins
je me réveille avec la chanson de Led Zep « Starway to heaven ». Les guitares du début me font ouvrir les yeux tout doucement, ensuite le rythme s’accélère, la batterie arrive. A ce moment
précis, je m’assois sur mon lit. Je m’étire, je me frotte le visage et je fais une reconnaissance très vague des lieux. Mes yeux ont une fâcheuse tendance à vouloir se refermer. Ensuite les
guitares deviennent saturées, Robert Plant, le chanteur hausse le ton. Je suis à la bourre, il faut que je me lève immédiatement. Cette chanson dure bien 10 minutes et tous les matins en ouvrant
les yeux, je me dis qu’il faut que je me lève de suite. Mais il n’y a rien à faire, au moment où Robert Plant commence à hurler, je me dis « Putain, je suis à la bourre !!! ». C’est bien simple,
j’ai l’impression qu’il me dit en gueulant « Allez Andrea ! T’es encore à la bourre ! Magne-toi, sinon je te colle mon pied aux fesses ! ». Je sais, c’est une interprétation très personnelle,
mais cela a l’avantage de me faire bouger, sinon je retombe dans le coma.
J’habite un petit deux pièces dans le 14ème arrondissement de Paris près de Denfert-Rochereau, au 6ème étage.
Il a l’avantage de ne pas avoir de vis à vis ce qui me permet donc de me balader à poils sans que les mémés du quartier appellent police secours en criant qu’un exhibitionniste les persécute. Les
fenêtres sont assez grandes pour faire passer la lumière qui se réfléchit sur les murs blancs de mon appartement ainsi que ceux de ma chambre. Avec 40 m², le blanc me donne l’impression d’avoir
de l’espace. D’ailleurs dans le salon, un canapé noir, une télé, et une table basse se battent pour avoir de la place. Ma chambre n’est pas mieux, un lit, un ordinateur et une armoire s’y
croisent durant la journée avec le fol espoir que l’un ou l’autre disparaisse afin de mieux respirer. Mon armoire part avec un avantage sachant qu’elle est à moitié remplie, l’autre moitié se
trouve un peu partout par terre, les chaussettes en particulier. Les hommes ont un rapport très conflictuel avec les chaussettes. C’est vrai, on a besoin d’elles car elles nous réchauffent, nous
empêchent d’avoir des ampoules, nous apportent un brin d’élégance sous un costume ou un pantalon quelconque, mais dés qu’on les enlève, pour se venger de leurs avoir marcher dessus toute la
journée, elles puent ! Du coup, on les envoie balader un peu partout de manière nonchalante pour leur montrer qui est le maître dans cette demeure. Je suis célibataire et je n’ai pas de compagne
qui me demande de les ranger, c’est peut être aussi cela le problème.
Isabelle est partie, il y a trois semaines. Cela faisait quatre mois que j’étais avec elle. Je n’ai jamais réussi à tenir plus de cinq mois
avec une fille. Elles ne doivent pas aimer Led Zep que je consomme quotidiennement, ou alors mais mes chaussettes les chassent, ou tout simplement c’est moi qui n’arrive pas à les retenir.
Pourtant, au début, elles sont toujours amoureuses, mon charme latin les enivre, mes yeux noirs en amande, mes cheveux tout aussi noirs et courts mais pas en amande, ainsi que ma fossette sur la
joue droite ne les laissent pas indifférentes. Je ne pense pas que ce soit mon mètre quatre vingt huit qu’il leur fasse peur. Je devrais plutôt écouter ma mère. Elle me demande de m’impliquer un
peu plus, les femmes ont besoin de se sentir aimer, et d’être un peu plus démonstratif dans mes sentiments. Je ne pense pas avoir de problème de ce côté là, je crois plutôt que je n’ai pas trouvé
la bonne personne à aimer, mis à part ma mère.
Ma mère est irlandaise, elle a rencontré mon père à Paris dans les années 70. Mon père lui, est italien, et le mélange des deux au masculin,
c’est moi ! Le mélange des deux au féminin, c’est ma sœur, aussi appelée Laureen, qui habite Marseille. Ma mère étant de Dublin et, mon père de Rome, ils ont voulu sans doute rester sur Paris, à
l’époque, pour être à mi-chemin des deux cités. A moins que ce fut un moyen d’échapper à leurs familles respectives. Il faut dire que ces deux pays sont peut-être aux extrêmes des frontières
géographiques de l’Europe mais se ressemblent par leur côté très famille et très catholique, surtout à l’époque.
J’adore mes parents et ils me manquent beaucoup depuis qu’ils ont décidé de prendre leur retraite, il y a un an, en Italie près de Rome. Ils
ont toujours les yeux qui pétillent lorsqu’ils se regardent, ils surveillent leurs progénitures de très près et quelque fois trop. C’est pour cela que ma sœur ne s’est pas faite prier pour partir
à Marseille.
C’est en partie grâce à mes racines que j’ai pu intégrer Interpol. Ma maîtrise de l’anglais et de l’italien fut un élément déterminant. Il
faut dire qu’à la maison, on parlait toutes les langues. Avec ma sœur, je parlais français, italien avec mon père et anglais avec ma mère et quand on s’engueulait, cela ressemblait à de
l’esperanto mais en argot. C’est bien simple, lorsqu'on invitait des amis à manger, en guise de dessert, on leur offrait des aspirines. C’était très dur pour des non initiés de suivre une
conversation à la maison. Pour corser le tout, j’avais, et j’ai toujours d’ailleurs, la fâcheuse habitude de parler anglais avec l’accent italien pour le plus grand bonheur de mon père, et de
parler italien avec l’accent anglais qui offrait, et qui offre toujours, à ma mère un sourire béa. D’autant plus que cela énervait, et énerve toujours, mon père.
Il est 8 heures un quart, le temps commence à presser, j’enfourche mon scooter. Je suis le roi du scooter. Depuis l’âge de 14 ans, je me
faufile avec dextérité entre les voitures, les bus, les chiens et leurs crottes. Je suis imbattable, j’ai écœuré tous mes copains de l’époque. J’ai aussi écœuré toutes les filles avec lesquelles
je voulais faire un tour. Ces tours, avec elles, se terminaient pratiquement de manière identique. Soit elles partaient en courant tout en criant au fou, soit elles me foutaient une baffe, soit
elles vomissaient lamentablement sur mes baskets. Ma mère ne comprend toujours pas pourquoi mes baskets sentaient le vomi, alors que je lui disais que j’avais marché sur une merde de chien.
De toute manière, ma mère m’engueulait très rarement. Sauf une fois, où le jour de mes 18 ans, je me suis fait tatouer sur le haut du bras
gauche le mot « liberté » en calligraphie chinoise.
¬— « Tu es sûr que ce n’est pas marqué Abruti ». M’a-t-elle hurlé.
Elle m’a fait la tête pendant une semaine, elle ne rangeait plus ma chambre. Les chaussettes s’entassaient sérieusement. Quant qu’à mon père, il m’a parlé
dans un langage qui devait ressembler à du chinois, ou du congolais (il n’est pas doué pour les imitations) pendant deux longues semaines. Ma sœur, elle, a bien rigolé pendant cette
période.
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