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Ça y est, je suis arrivé au Quai d'Orsay. Je suis inspecteur à Interpol au sein d’une petite cellule de liaison à Paris. Mon boulot consiste principalement à fournir à mes correspondants étrangers des fichiers et des renseignements sur des individus ou des sociétés français, d’où nos bureaux au Quai d'Orsay et non à Lyon, au siège d’Interpol. C’est beaucoup de paperasse et d’informatique, nous allons rarement sur le terrain, sauf cas exceptionnel.
Je ne m’en plains pas, le boulot est sympa, on discute avec le monde entier et on a l’impression de servir à quelque chose. Et puis, malgré mes 15 ans d’art martiaux, je ne suis pas un bagarreur. La dernière fois que je me suis battu, je devais avoir 14 ans. Pascal, un copain du quartier, avait fait tomber ma glace sur mon t-shirt et cela ne m’avait pas plu. Il faut dire qu’à cet âge là, une glace c’est drôlement important et la moquerie des petites copines tout autant. En tout cas, il n’a plus jamais recommencé, et moi non plus d’ailleurs après la raclé que mon père m’a mis et les pleurs de ma mère. Elle me voyait déjà en prison, toujours, sous le regard hilare de ma sœur. J’ai toujours été baraqué, 1m88 et 80 kg, on vient rarement venir vous chercher des ennuis. Ou alors, il faut le faire exprès, comme d’entrer dans un vestiaire de rugby et les traiter de petites tapettes. Mais ça, je ne l’ai jamais fait, comme quoi je suis relativement sain d’esprit.
— « Salut ! Andrea »
— « Salut ! »
Je ne me rappelle plus de son prénom à celui là, ni même de son nom d’ailleurs. De plus, je n’ai, du coup, jamais osé lui demander, et je ne sais même pas comment il connaît mon prénom. Mais bon, on est à la police et il ne faut pas trop s’étonner de ces choses là. Mon bureau, que je partage avec ma collègue Anna, est sous les toits. C’est simple, la table qui est rangée, c’est la place d’Anna et l’autre donc, c’est la mienne. Un velux nous permet de connaître l’heure, même si cela reste approximatif. Je ne sais jamais combien de décalage nous avons avec le soleil, que l’on voit d’ailleurs assez rarement à Paris et cela, même au printemps. En tout cas, cela donne une lumière agréable et cet environnement de travail est ma foi, très sympathique.
— « Salut mon beau ! Alors toujours célibataire ? » Me lance-t-elle.
C’est la phrase du lundi. Le sourire que je lui adresse fait apparaître ma fossette, celle qui ne trompe pas, celle de l’affection.
— « Salut ma grande ! ».
En fait, elle n’est pas grande, elle doit faire 1m60 à tout casser et je l’adore. Elle est brune aux cheveux courts et une sorte de frange effilée qui lui tombe sur ses yeux noirs rieurs. On s’apprécie énormément tous les deux, elle est ma confidente et réciproquement. Toujours en jeans et t-shirt, un charme se dégage d’elle qui apaiserait un yeti, c’est tout dire ! Elle est un peu comme moi, en moins bordélique. Elle n’arrive pas non plus à garder un mec, ce qui est pour moi incompréhensible. Je n’ai, pourtant, jamais songé être plus qu’un ami pour elle. Moi, je préfère les femmes plus élégantes, voir plus sexy, une femme capable de porter des portes jarretelles. Elle, préfère les hommes plus élégant aussi, style Versace. Il n’existe pas l’équivalent des portes jarretelles au masculin et c’est dommage. Moi, la moindre jupe fendue et le moindre porte-jarretelles me fait affluer le sang dans tous les membres, mes mains sont chaudes, mes doigts de pieds aussi et je ne parle pas du reste. Une fois, j’ai essayé de mettre des caleçons un peu originaux comme avec des petits cœurs, j’ai même essayé un string, mais en réalité cela les a fait beaucoup rire et moi, ça m’a cassé la baraque. Vivement qu’il y est quelqu’un qui invente le porte-jarretelles masculin, afin qu'on puisse enfin voir un brin d’excitation et d’envie sur la personne en face et non plus un rire moqueur.
— « Allez, viens ! Je t’offre un café »
Anna a de la chance, je n’arrive pas à commencer la journée sans que je prenne un petit noir et donc tous les matins, je lui offre cette boisson qui a pratiquement les mêmes vertus que les riffs de « Whole lotta love » de Led Zep, c’est-à-dire un brin de plaisir et d’émotions et surtout un coup de fouet.
— « Alors ! Comment s’est passé ton week-end ? Ton corps n’a pas trop souffert ? Pas de marque de griffures ni de rouge à lèvres dans des endroits incongrus ? » Dit-elle en se marrant.
Parfois, je me dis que je lui en dis trop.
— « Non, vu le temps, je pensais qu’elles étaient toutes planquées chez elles. J’ai donc essayé de trouver mon bonheur sur Internet, mais a priori j’ai plus réalisé les fantasmes de mon agent de France Telecom que les miens. (C’est vrai que mon agent est très vénal). Et toi ? Toujours à Rouen avec tes parents ? »
— « Ouais ! » Me dit-elle d’un air dépité. « Il faudra un jour que je coupe le cordon, sinon je vais terminer vieille fille. »
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